- Réponse d'Olivier Besancenot

Par Pigistes solidaires :: 21/04/2006 à 0:01 :: Réactions

Réponses d’Olivier Besancenot, candidat de la LCR, à Pigistes solidaires

 

En réponse à l’interpellation sous forme de demande d’engagements de Pigistes solidaires, je tiens d’abord à préciser que l’éradication de la précarité est l’une des propositions que nous défendons avec le plus de force lors de cette campagne présidentielle, ainsi que le Smic à 1500 euros avec une augmentation de 300 euros minimum pour toutes et tous. Dans mes propositions figurent en effet nombre de mesures qui vous concernent et vont dans votre sens : nous considérons que le contrat à durée indéterminée à temps plein doit être la norme. Je soutiens les luttes que mènent de nombreux salariés des médias, dont les pigistes et CDD, contre les concentrations, pour le pluralisme, pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de salaire, contre la précarité.

• Engagez-vous à ce que toutes les aides et les ententes passées entre la presse, le secteur de l'audiovisuel et l'Etat (comme les «Contrats d'objectifs et de moyens»), soient automatiquement liées à l'adoption d'une charte sociale pour le respect des droits des pigistes. Droits qui sont inscrits dans le Code du travail et dans les conventions collectives (quand elles existent !), mais trop souvent ignorés, voire bafoués, par les dirigeants des médias.

• Engagez-vous à favoriser un projet de loi visant à assurer aux pigistes le droit à une stabilité de travail et de revenu. Dans les entreprises bénéficiaires des aides de l’Etat, le nombre de précaires ne doit pas dépasser les 10% des effectifs titulaires de chaque métier !

Réponse.  En ce qui concerne les pigistes, nous défendons leur intégration véritable et de plein droit dans chaque rédaction (comme le prévoit d’ailleurs le Code du travail depuis l’adoption de la loi Cressard en 1974, grâce à l’obstination des syndicats de journalistes). Nous sommes aussi contre les CDD dits d’usage, contre les CDD à répétition qui sont une forme d’esclavagisme déguisé, et bien évidemment contre la rémunération en droits d’auteur ou en honoraires qui est totalement illégale et n’arrange que les patrons (les cotisations sociales étant bien moindres et les droits à retraite et maladie infinitésimaux). En outre, nous sommes pour l’interdiction des faux stages et le paiement des vrais stagiaires étudiants selon les barèmes salariaux.  Bien sûr, nous estimons que le recours accru aux journalistes ou autres salariés précaires est une menace directe pour tous les salariés : quel pigiste ou salarié en CDD pourra refuser de répondre à des demandes de la hiérarchie avec lesquelles il est en désaccord si son emploi est directement menacé par un refus ? Cela pèse sur les salaires, sur la qualité de l’information, et cela remet en cause les droits fondamentaux des journalistes. Cette façon de diviser les salariés n’est pas nouvelle et il s’agit d’y mettre un coup d’arrêt par l’interdiction de la précarité.

Notons également que les femmes sont beaucoup plus nombreuses chez les pigistes et autres précaires. Dans la plupart des journaux et entreprises audiovisuelles, l’égalité salariale n’est pas respectée. Nous exigeons une application immédiate de l’égalité avec un rattrapage intégral depuis le début de carrière.

Une nouvelle loi n’est pas nécessaire pour créer de nouveaux droits en faveur des pigistes, puisque le Code du travail prévoit que les pigistes sont des journalistes comme les autres, présumés avoir un CDI, censés bénéficier de la Convention collective nationale de travail des journalistes et du Code de la propriété intellectuelle. Le problème est aujourd’hui d’obliger les patrons à les appliquer. Pour ce faire, des droits accrus de contrôle des salariés des médias sont nécessaires (notamment par l’intermédiaire des syndicats et des élus du personnel) sur la politique sociale de chaque entreprise médiatique. L’inspection du travail devrait également disposer de moyens très augmentés pour obliger les patrons à respecter la loi et de droits accrus pour faire appliquer les mesures que nous préconisons contre la précarité. Nous proposons de supprimer les aides financières à la presse et à la modernisation qui sont aujourd’hui versées essentiellement à des grands groupes capitalistes internationaux qui n’en ont nul besoin, qui n’offrent aucun pluralisme réel et qui licencient à tour de bras. Enfin, nous sommes contre les exonérations de cotisations sociales (voir notre programme sur le site Olivier Besancenot 2007).

Ces aides devront être réorientées vers le service public. Hostiles aux contrats d’objectifs et de moyens (voir nos réponses aux Etats généraux pour des médias pluralistes), nous préconisons des financements pluriannuels en faveur des médias de service public (que nous voulons étendre, développer et démocratiser). Bien sûr, le service public doit être exemplaire en matière de respect des droits des salariés, à l’inverse de ce que pratiquent aujourd’hui les chaînes de France Télévisions (voir également nos réponses aux EG) où seule la mobilisation périodique des salariés permet l’intégration d’une partie des précaires.

 

• Engagez-vous à limiter par la loi la concentration des médias qui tue le pluralisme et réduit l’emploi !

 

Réponse. Le pluralisme doit être organisé et protégé par la loi. Oui, nous sommes pour l’interdiction de la concentration des grands médias d’information quel que soit le support (presse écrite, radio, télé, Internet). Dans un premier temps, il sera interdit aux entreprises bénéficiant de commandes publiques de contrôler directement ou indirectement les principaux médias d’information. Cette législation s’appliquera en particulier aux grandes entreprises du secteur militaire, des travaux publics, de la grande distribution et aux collectivités détentrices de délégations de services publics (eau, transports, parkings etc.).En corollaire, nous proposons l’institution d’un droit de veto des salariés des entreprises médiatiques et de leurs représentants (élus des comités d’entreprise, etc.) quant à toute entrée dans le capital. Ce droit de veto s’accompagnera d’une consultation suspensive de la rédaction concernée (sous une forme à définir avec les syndicats de journalistes) sur l’orientation rédactionnelle. Enfin, comme dans toutes les entreprises, nous militons pour que les salariés des médias prennent les choses en main, contrôlent, décident et gèrent dans l’intérêt du plus grand nombre, sous le contrôle des citoyens.

Nous préconisons la création d’une autorité représentative du public (les usagers), des salariés des médias (journalistes, techniciens, créateurs, administratifs, etc.), du milieu social et associatif et des partis démocratiques. Elle sera chargée de répartir les fréquences et chaînes, sur tous les réseaux. Elle assurera l’harmonisation de la programmation, mutualisera un certain nombre de moyens de production, de diffusion, d’archivage. Le CSA sera bien évidemment supprimé.

 

Rappelons que nous sommes pour la réintégration de TF1 dans le service public et l’intégration de la plupart des chaînes privées (M6, LCI, etc.), dont celles concédées en région. Bien sûr, nous sommes opposés à l’attribution de nouvelles fréquences aux groupes médiatiques actuels, y compris en région.

Nous sommes opposés à toute ouverture du capital de France Télévisions, qui serait le prélude à une privatisation.

Et pour un droit de veto des représentants des salariés sur la nomination des dirigeants.

Enfin, cela concerne aussi de nombreux journalistes, nous sommes favorables à l’abrogation des décrets Tasca qui ont bradé des pans entiers de la production aux sociétés privées, le plus souvent créées pour la circonstance. Les chaînes publiques ne doivent pas être cantonnées au rôle de diffuseur. Le service public de l’audiovisuel doit bénéficier des moyens d’assurer l’intégralité de la production : information, fictions, divertissement.

Pour ce faire, il faut récupérer les moyens bradés au privé au moment de la privatisation de la SFP et développer une filière de production au sein de France Télévisions.

 

(La réponse d'Olivier Besancenot nous a été transmise le 20 avril 2007)